CORPUS SUICIDE

Corpus Suicide a pour but de chercher à dédiaboliser (ou dédiviniser) la réflexion sur le "suicide" en offrant ou en indiquant l'accès à des ressources permettant de mieux l'appréhender sans a-priori moral.

020308

Critique de la charte de l'UNPS

A regarder la charte de l'UNPS, nous ne pouvons qu'être frappé des contradictions qu'elle recèle simplement en elle-même. Ainsi, comment est-il possible de déclarer que


“le geste suicidaire [...] prive le sujet de sa liberté de choisir la vie, [qu'il est] une atteinte à la personne et à la société, souvent ressentie, par les proches et le corps social, comme une épreuve culpabilisante indélébile, [qu'il est] l'échec de l'individu face à la vie, et la faillite du soutien de la société”

 


tout en assurant s'engager à “respecter les personnes dans leurs convictions et leur comportement [...] sans porter de jugement de valeur” ? Car qu'est-ce qu'une “épreuve culpabilisante indélébile”, qu'est-ce qu'un “échec”, une “atteinte à la personne et à la société” ou encore une “faillite”, si ce ne sont des jugements de valeur tributaires d'une morale qui, en outre, refuse de se comprendre comme telle ? Plus encore, que peut bien signifier une phrase déclarant que “le geste suicidaire [...] prive le sujet de sa liberté de choisir la vie” alors que, à peine quelques lignes plus haut, il est clairement énoncé que “le suicide et la tentative de suicide posent la question du libre-arbitre” ? Continuons : la contradiction est évidente dans la comparaison de ces deux phrases – ou bien ces actes posent la question du libre-arbitre, ou bien ils la résolvent – mais, plus encore, ces deux phrases ne sont-elles pas absurdes en elles-mêmes, c'est-à-dire profondément incohérentes au niveau logique ? Dans le “geste suicidaire”, si l'on accepte une logique de choix fondée sur la liberté d'un sujet et si l'on pose que la “vie” est susceptible d'être une option du choix, la décision est scellée, le “geste” vient alors nécessairement a-posteriori d'une libre décision entre la vie et la mort qu'il illustre ; puisque toute liberté de choix implique l'acceptation ou le refus d'une option – tout au plus serait-il défendable de prétendre que le “geste suicidaire” prive un sujet de sa “liberté de choisir”, étant entendu qu'il n'y a de choix possible qu'à l'intérieur de la vie, et par conséquent que celle-ci ne fait pas partie d'une alternative. De même, en quel sens “le suicide et la tentative de suicide” poseraient-ils la “question du libre-arbitre” ? Ne serait-ce pas plutôt l'inverse ? A savoir que ce serait le “libre-arbitre” qui, plus sûrement, poserait la question du “suicide” ? Car l'expression de “mort volontaire”, synonyme de “suicide”, fait déjà appel en elle-même à la notion de “libre-arbitre” qu'elle considère comme première – le “suicide” pose évidemment bien des questions, mais quant à celle du “libre-arbitre”, il ne la pose pas en propre. Il peut plutôt questionner l'usage et l'étendue de ce “libre-arbitre”, puisqu'il en est une possibilité indéniable, mais non ce dernier même. En cela il est, ou semble être, de l'ordre de la praxis, ou du devoir, ou de la responsabilité, etc. : étant postulé que je suis libre, le “suicide” est-il un acte qui exprime ou qui étouffe cette liberté que je porte en moi ? Le sous-entendu moral du premier type de formulation inversant les termes du problème étant, bien sûr, que le “suicidant” et le “suicidaire” étouffent cette liberté (sinon pourquoi chercher à “prévenir” le “suicide” ?) : ainsi une telle interrogation sophistique ne concerne pas l'Homme, l'humain, mais seulement un certain panel d'individus – se demander si la “naissance”, évènement totalement hors de contrôle de l'individu “naissant”, pose la question du “libre-arbitre”, serait davantage cohérent. Bref, nous pourrions aussi nous interroger, par exemple, sur la possibilité d'une abstinence “politique” des adhérents de l'UNPS dans le cadre d'un acte qui traduit, justement, la “faillite du soutien de la société”, mais ces quelques remarques n'étaient destinées qu'à souligner rapidement la faible assise théorique censée fonder la “prévention du suicide” (en France) ; et, au-delà, d'illustrer la difficulté que nous avons, en tant qu'hommes, d'appréhender un tel acte.

Posté par Erwann Bleu à 16:30 - Critique(s) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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